Pablo Picasso, Guillaume Apollinaire et Sidney Béchet: Trois Cubistes

L'art, la poésie, et la musique à l'aube du vingtième siècle montrent la rupture avec le monde ancien et l'évolution vers la modernité. Ce projet se consacre à un exemple tiré de chacune de ces catégories. Pour la catégorie de l'art on a choisi Les Trois Musiciens de Pablo Picasso qui est considéré le chef d'oeuvre du Cubisme. Le poème "Zone" de Guillaume Apollinaire représente la forme littéraire du Cubisme avec le thème d'opposition entre le monde moderne et l'antiquité. Pour achever ce projet la musique de Sidney Béchet révéle l'orginalité que le jazz a apporté au monde de musique avec la nouvelle technique de l'improvisation. A travers ces trois expressions artistiques on peut voir un désir de transcender les règles traditionnelles qui limitent l'esprit créatif.

Les Trois Musiciens de Picasso

Jayoung Park


La peinture des Trois Musiciens est considérée le chef d'œuvre du cubisme synthétique de Pablo Picasso. Picasso a commencé à utiliser une palette plus vive et variée en 1914. Le cubisme synthéthique marque un retour aux couleurs vives contrairement au cubisme analytique qui l'a précédé, dont la palette était limitée à une ou deux couleurs sombres. Dans cette seconde phase du cubisme, on synthétisait des formes de couleurs plates pour créer des objets dans une composition. Dans la première phase du cubisme, on cassait les sujets en formes géométriques comme dans le Portrait de Kahnweiler (fig.1) où la figure de Kahnweiler, un collectioneur, n'est presque pas reconnaissable parmi la masse des rectangles et des triangles. Contrairement, une peinture de cubisme analytique se compose de formes géométriques. Alors c'est une synthèse des formes séparées et pas une division de quelquechose de complet, en des fragments. Il y a encore un aspect géométrique des formes qui sont réduites à l'essentiel et à une simultanéité de points de vue différents comme dans le cubisme analytique.

Deux versions de ce tableau existent. Toutes les deux ont été peintes la même année et elles représentent les mêmes trois personnages de la commédia dell' arte: Pierrot, Harlequin et Capuchin. Dans une version de ce tableau, Pierrot joue de la clarinette, Harlequin joue du violon à gauche, et à droite, Capuchin semble jouer de l'accordéon (fig.2). Dans l'autre version, Pierrot joue encore de la clarinette, Harlequin joue de la guitare au centre, Capuchin tient les partitions et allongé au dessous la table, il y a un chien noir qui est assez difficile à percevoir (fig.3).

On peut confondre ce chien avec l'ombre de la table ou celui des jambes des personnes mais on voit qu'il n'y a pas de lumière réaliste dans ces deux tableaux. Il n'y a pas une source de lumière qui crée des ombres comme dans la réalité. Dans ces deux peintures, il semble que tout soit éclairé en même temps et que les objets et les personnages manquent de volume. Dans les deux versions, tous les objets et les personnes n'ont pas d'ombre. Les personnages sont créés pas des formes géométriques plates qui ne donnent pas l'illusion d'un espace réel. L'aspect de deux dimensions des matériaux de l'œuvre est accentué. De plus, comme avec le cubisme analytique, plus d'un point de vue est montré en même temps. Mais il y a beaucoup moins de perspectives différentes dans ces deux tableaux que dans celle qui est typique du cubisme analytique. Par exemple, chacun de ces deux tableaux montre peut-être deux points de vue: on voit en même temps, les musiciens et les partitions qu'ils regardent. Bien que les formes des personnages et les objets soient abstraits, ils sont assez reconnaissables. On ne s'occupe pas du volume de ses formes. Ces œuvres sont complètement de l'huile sur toile mais on dirait des collages. Par exemple, la petite main d'Harlequin (fig.2) qui tient l'archet du violon semble avoir été coupée d'un autre papier qui est collé sur son bras de dessin rouge et jaune, qui a la même apparence. En fait, toutes les autres formes de couleurs ou dessins qui construisent les personnes et les objets ensemble, ont l'air d'être des morceaux de papier collés en une composition. Alors, on peut dire que Picasso a essayé de créer une illusion pas l'illusion de la nature mais l'opposé ou quelquechose d'artificiel.

On trouve aussi un peu d'humour dans ces œuvres. Les personnages appartiennent à un groupe d'artistes qui fournit de l'amusement pour que leurs spectateurs rient. Mais la façon dans laquelle ils sont représentés est aussi comique. Par exemple, leurs corps géométriques ne sont pas élégants et les trois figures dans la fig.2, ont des moustaches assez curieuses, qui leur donnent l'impression d'un sourire. Les fragments bizarres de leurs corps ne sont pas ceux qu'on prévoit comme représentation de ces personnes. Dans ces deux peintures, il n'y a que ces formes géométriques qui assemblent gauchement, les trois personnages. Alors, ces deux peintures ont une atmosphère différente de ses œuvres précédentes qui étaient souvent plus sérieuses et sombres.

1921 était une année heureuse pour Picasso. Son fils Paulo, est né cette année-là. La naissance de son enfant était un des plus joyeux événements de sa vie depuis la mort de son ami Appolinaire en 1918. Picasso a fait la connaissance la première fois en 1904 à Paris de ce poète, qu tout début de sa carrière.



Une section de "Zone" d'Apollinaire

Jacqueline Pal

Poussez ZONE, pour lire le poème.

Le thème d’opposition, qui domine “Zone” reflète un monde déchiré entre la modernité et l’antiquité. Ce poème avec ses allitérations, son rythme, et ses images contradictoires est une interprétation littéraire du mouvement cubiste. Le lecteur est plongé dans un monde où le temps et l’espace perdent leur signification. La partie de “Zone148 à laquelle cet essai se consacre révéle un repos dans le voyage métaphysique du narrateur. Ici il médite sur un mélange de sujets personnels et universels qui sont dépeints sur un ton triste et satirique.

Apollinaire crée une tension entre le monde industriel et la nature quand il choisit des mots qui sont traditionnellement utilisés pour décrire des aspects de la nature. Le vers qui contient la phrase, “Des troupeaux d’autobus mugissants près de toi roulent” exemplifie bien cette combinaison des éléments naturels et industriels. Ici, l’autobus est transformé en un animal par les mots “mugissants” et “troupeaux.” On a l’impression que les autobus sont comme un groupe énorme d’animaux sauvages à cause du bruit qu’ils font. Le son âpre du “r” avec le mot “roulent” aide à créer cette atmosphère discordante. Par conséquent, les autobus qui représentent un élément assez moderne deviennent un symbole menaçant. Le reste de la phrase “près de toi” s’appuie sur l’opposition entre les autobus faits de métal dur et le “toi” qui représente un être humain fait de chair. La taille des “autobus mugissants” semble posséder une qualité agressive qui menace la vulnérabilité de cette personne anonyme. Cette image contient l’aspect typiquement cubiste qui consiste en une représentation avec des inventions modernes mélangées avec des images de la nature et des aspects primitifs. L'allitération du son “s” avec les mots comme “l'angoisse,” “mugissants”, et “seul” établit une qualité lyrique dans le poème. Une atmosphère douce et spirituelle est en contraste avec la realité brutale du monde industriel.

La religion est dépeinte comme la pensée traditionnelle qui est en train de perdre sa puissance dans ce nouveau monde où tout passe très vite. Apollinaire illustre cette perte de foi quand il dit, “Vous avez honte quand vous vous surprenez à dire une prière.” Cela montre clairement que la religion n’est plus l’objet de prestige ou de respect. C’est plutôt un élément oppressif qui produit des sentiments de honte. Les phrases suivantes indiquent que c’est l’homme et ses inventions qui remplacent la gloire de Dieu. L’homme quitte sa place subordonnée dans le monde ancien et il devient un être qui défie Dieu. La phrase, “Tu te moques de toi et comme le feu de l’Enfer ton rire pétille” présente la façon dont l’homme regarde la religion à travers les yeux de la modernité. La personne dans le poème au lieu d’être pieuse est quelqu’un qui manifeste une attitude cynique à l’égard de la religion avec son rire qui ressemble à un feu pétillant. Le changement du pronom tu ô vous est un aspect cubiste où on reste dans un état flou et imprécis. On n’est jamais sûr du futur ou même de la réalité actuelle.

Comme un tableau cubiste Apollinaire présente le thème de la beauté perdue d’un manière choquante. Le narrateur dit, “Aujourd’u marches dans Paris les femmes sont ensanglanté C’était voudrais ne pas m’en souvenir c’était au déclin de la beauté.” La phrase “les femmes sont ensanglantées” est une idée qui fait penser à une image tout à fait violente. Le narrateur implique que la cause de cette violence est le déclin de la beauté. A cette époque les artistes cubistes étaient accusés d’avoir détruit tous les éléments de beauté dans leurs tableaux. Comme un peintre Apollinaire utilise le rouge et l’or pour peindre une image puissante qui démontre sa perspective de ce nouveau monde. Le rouge est une couleur qui représente la passion et l’amour. C’est une couleur qui symbolise des émotions fortes. L’or symbolise l’éternel et il contient un aspect qui est plus spirituel. Par conséquent, “Zone” possède un mélange des aspects contradictoires. Le provisoire et l’éternel se mêlent ici pour créer une image du monde où les valeurs traditionnelles affrontent les nouvelles idées du vingtième siècle.

L’absence de ponctuation et les vers libres de “Zone” crée un poème où le lecteur a la liberté de concevoir une interprétation personnelle et unique. En outre cela souligne l’idée que la réalité présente possède une nature ambigüe. Cela est évident dans le fait qu’Apollinaire change souvent le temps du verbe. Par exemple, Apollinaire change de l’imparfait au présent quand il dit, “Si tu vivais dans l’ancien temps...Vous avez honte quand...” L’imparfait représente un moment imprécis dans le passé qui est caractérisé par une action répétitive et monotone. Quand Apollinaire change rapidement au présent on peut voir que c’est un monde qui se transforme continuellement et par conséquent la réalité reste intangible. Cependant, d’un autre côté cela implique que tout le monde a le pouvoir de créer son destin chaque minute parce qu’on n’est pas contrôlé par une seule réalité.



"C" Jam Blues de Sidney Bechet

Ivan Perez Venero

Le jazz donne à la musique une forme plus abstraite que les formes précédentes ont eues. L'imagination crée un sentiment de liberté et le musicien crée ses propres règles spontanément. En plus, le rapport entre le musicien et líauditeur gagne une dimension profonde parce que líauditeur doit reconstruire pour lui même les formes abstraites. On observe ces éléments et idées dans la musique de Sidney Bechet.


Ecoutez une partie de "C" Jam Blues

Dans ce morceau, la progression d'accords et le tempo sont faits par les sons du piano, de la percussion et de la contrebasse. Ces instruments créent une structure flexible que le soloiste utilise pour improviser. Au commencement de la chanson, la trompette fait naître la mélodie, mais bientôt Bechet rentre dans le tempo avec une clarinette qui étonne à líauditeur et qui vole l' improvisation à la trompette. Par la suite, Bechet joue avec le rythme, la juxtaposition des notes, l'élément de surprise et avec la dissonance entre les accords et la mélodie pour inventer l'humour de la composition.

L'humour fait bouger et danser líobservateur. Le rythme est agréable à cause de sa vélocité et les notes hautes de l'improvisation font une ambiance de célébration. Bechet change fréquemment le niveau de líassonance entre les instruments, mais d'une manière légère. En plus, L'intensité de la chanson grandit graduellement jusqu'au point culminant.

La chanson peut être interprétée de manières très différentes. Le musicien qui crée la musique la comprend d'une certaine facon, pendant que chaque auditeur líinterprète d'une facon personnelle, à cause de ses propres expériences et attitudes. Les personnes engagées dans chaque côté de l'activité musicale utilisent leur imagination pour donner quelque sens à la forme.

On observe le cubisme dans les aspects particuliers du morceau. Principalement, les instruments de fond sont la toile où Sidney Bechet jette les couleurs abstraites et spontanées de l'improvisation: la dissonance, la juxtaposition, la hauteur, l'intensité et le rythme. Bechet fait des conditions musicales qui sont interprétées différement chaque fois que le morceau est joué, mais aussi chaque fois que le morceau est écouté. Bechet, et le bon jazz en général, intensifie líévénement musical.


Comme le poème d'Apollinaire qui manque de ponctuation, cette œuvre de Béchet plusieurs interpretations. Dans la même façon, les peintures de Picasso montre un aspect similaire à cette multiplicité d'interpretation parce que les tableaux representent plus d'une vue du sujet. Ces trois œuvres cubistes partagent aussi les éléments du surpris et de la tension. Le poème nous étonne avec des combinaisons étrange des éléments qui s'opposent. Dans la deuxième peinture de Picasso, le surpris se manifeste dans la présence du chien qui n'est pas facilement visible. La musique de Béchet a une discordance qui crée une tension auditive tandis que dans Zone, cet aspect est produit pas la combinaison de l'indusrtrie et la nature. La tension dans la peinture est présent dans l'effort de representer quelque chose de réelle dans une manière abstraite pour créer l'illusion du manque de naturel. Alors, ces œuvres du peintre, du poète et du musicien sont liés à l'un l'autre par ces aspects cubistes.

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