Margaret Hunter

Abigail Al-Doory

L'homme et la Musique Dans Un Amour de Swann

Le rapport entre l'homme et la musique est un thème important, qui est longuement exploré dans Un Amour de Swann par Marcel Proust. En examinant le rôle de la musique dans cette partie de A la recherche du temps perdu, nous pouvons commencer à comprendre la nature de ce rapport et établir l'effet qu'il a sur des aspects différents de la vie des êtres humains.

Swann, le héros d'Un Amour de Swann, est profondément affecté par une sonate pour violon et piano qu'il écoute pour la première fois chez les Verdurins, où il passe du temps avec Odette de Crécy. En examinant les fois où il entend la sonate, nous pouvons étudier le changement du rapport entre lui et la musique, et la musique et son amour pour Odette.

La première fois que Swann entend la sonate de "Vinteuil," il est chez les Verdurins. En l'entendant il se souvient de "l'année précédente, dans une soirée," où "il avait entendu une oeuvre musicale exécutée au piano et au violon." (p. 33) L'expérience d'entendre la sonate est semblable à l'experience de Marcel (le narrateur) lui-même lorsqu'il a goûté la madeleine. L'expérience de Marcel fait revenir le passé dans le présent. Il y a beaucoup de ressemblances entre la mémoire involontaire de Swann et celle de Marcel. Nous pouvons comprendre ce que la sonate a fait pour Swann en étudiant ce que la madeleine a fait pour Proust. L'épisode de la madeleine à lieu par hasard, et il évoque en Marcel une réaction de plaisir sensuel et émotionel. La sonate a des effets semblables sur Swann. Proust dit que "d'abord, il n'avait goûté que la qualité matérielle des sons sécrétés par les instrument." (p. 33). Il ne pense pas aux sons de la musique, ou ni ne les entend en réalité. Son expérience est de goûter, comme Marcel et la madeleine. Puis Proust dit que, "ç'avait déjà été un grand plaisir . . ." (p. 33). Le son de la musique donne de la joie comme le goût de la madeleine avait donné à Marcel.

La musique, cette fois-ci, crée en Proust une émotion qu'il lui est très difficile de comprendre ou d'identifier. Il peut dire seulement que la phrase lui a "ouvert plus largement l'âme." (p. 34) Donc, c'est le monde spirituel qui est entrevu à travers la musique. Son manque de compréhension de l'effet de ce qu'il écoute est lié peut-être au fait qu'il ne sait pas beaucoup de choses sur la musique. Proust dit qu'il ne sait pas s'il entend la phrase ou l'harmonie. Mais, il a saisi un peu de la vérité quand il a remarqué que la phrase du violon était "directrice" (p. 33). En effet, la sensation de direction est à cause du fait qu'il entend la phrase, et en même temps, l'harmonie.

Ce qu'on entend vraiment en écoutant la musique est la combinaison des notes et leurs relations l'une avec l'autre. On peut comprendre l'importance d'une note seulement en relation avec les autres notes. Cela veut dire que si l'on entend une note deux fois, une fois complètement isolée et une autre fois dans le contexe d'une morceau de musique, la note gagne de la signification seulement dans une phrase. L'importance d'une note vient de sa place dans la clef ou bien le mode de la phrase et sa place dans la phrase. Alors, pour entendre l'importance d'une note, on doit avoir entendu les notes précédentes, on doit se souvenir d'elles après qu'elles ont été jouées. Comme dit Richard E Goodkin dans son article, "The Proustian Octave; Swann and the Scale of Love," "Hearing music does not mean hearing tones, but hearing, in the tones and through them, the places where they sound in the seven-tone system." (Goodkin, p. 488) Goodkin dit que cette façon d'entendre la musique est liée à la manière dont il aime Odette. Il dit que c'est la remise qui est la pouvoir de la musique-et de l'amour-pour Swann.

Les critiques littéraires ont plusieurs avis sur l'identité de la phrase qui ravit Swann. On dit que, bien sûr, la phrase ressemble beaucoup à la musique de Wagner. La musique de Wagner était très populaire pendant la période où Proust écrit ce livre. Mais on peut aussi trouver des similitudes avec la musique d'autres compositeurs. Antoine Compagnon, dans son article Fauré, Proust, et l 'unité retrouvé, dit que la phrase de "Vinteuil" vient d'une sonate nommée la Ballade, par Gabriel Fauré. La musique de Fauré était connue de Proust, et peut très bien s'accorder avec le thème du passé. Compagnon dit que, "La musique de Fauré que Proust connait est celle de sa jeunesse, celle qu'on jouait dans les années 1890, mélodies, oeuvres pianistiques et musique de chambre." (Compagnon, 115) Dans une dédicace du Côté de chez Swann à Jacques de Lacretelle en 1819, Proust a dit qu'il avait plusieurs modèles musicaux-et parmi ces oeuvres, était "un ravissant morceau de piano de Fauré." (Compagnon, 118) Compagnon cite une autre lettre de Proust pour dire que "Proust parait songer à elle [la Ballade] en particulier dans la remémoration par Swann de sa première audition de la sonate, lorsqu'il l'entend à nouveau chez les Vedurins, dans Un Amour de Swann." (Compagnon, 188) En parlant de l'effet de la phrase de "Vinteuil" sur Swann, Proust dit,

"D'un rythme lent elle le dirigeait ici d'abord, puis là, puis ailleurs, vers un bonheur noble, intelligible et précis. Et tout d'un coup, au point où elle était arrivée et d'où il se préparait à la suivre, après une pause d'un instant, brusquement elle changeait de direction, et d'un mouvement nouveau, plus rapide, menu, mélancolique, incessant et doux, elle l'entraînait avec elle vers des perspectives inconnues. Puis elle disparut. Il souhaita passionnément la revoir une troisième fois".

Nous pouvons entendre ce que Proust décrit dans la Ballade de Fauré. Comme dit Compagnon, "l'analyse paraît fidèle au début de la Ballade, à son rythme lent, à la course imprévue du premier thème, exposé trois fois." (Compagnon, 118) Le premier mouvement de la sonate de Fauré, andante cantabile, introduit lentement un thème souple, changeant, et de nature "directrice" qui est peut-être ce que Proust décrit au cours de la mémoire involontaire de Swann.

Ecoutez Sonate No. 1, I par Fauré

La troisième fois que Swann et la sonate se rencontrent a lieu encore chez les Verdurins. Cette fois, il y a quelqu'un de nouveau à la soirée: Monsieur de Forcheville. Ici, la question est celle de la jalousie. La présence de de Forcheville menace Swann parce que de Forcheville reçoit l'attention d'Odette. Mais le pianiste annonce qu'il va jouer la sonate, et quand il commence à jouer la phrase qui avait frappé Swann la première fois qu'il l'a entendue, Swann se trouve noyé dans ses pensées. Cette phrase est "leur chanso n," celle de Swann et d'Odette, et elle tient beaucoup de signification pour Swann. Pendant que la phrase est jouée, il retrouve la sécurité de l'amour d'Odette, ou au moins, ce qu'il veut croire est l'amour d'Odette. "...En son coeur, s'adressa à [la sonate] comme à une confidente de son amour, comme à une amie d'Odette qui devrait bien lui dire de ne pas faire attention à ce Forcheville" (106). Il peut oublier, temporairement, ses soucis à travers la musique. La sonate sert comme moyen d'échapper à ses ennuis.

La quatrième fois que la sonate entre dans la vie de Swann a lieu près de la fin du livre. Il est à une soirée chez Madame de Saint-Euverte. La description de la sonate ici est plus longue que les autres descriptions; cela suggère que cette fois est la fois la plus significative du livre. Premièrement, la musique montre la différence entre une soirée chez les Verdurins et chez les de Saint- Euv erte; tandis que les Verdurins jouissent de la musique populaire, comme Wagner, les de Saint-Euvertes écoutent la musique plus classique, comme Chopin: "Le pianiste qui avait à jouer deux morceaux de Chopin, après avoir terminé le prélude, avait attaqué aussitôt une polonaise" (195). Ces goûts différents indiquent une séparation des classes. Les Verdurins sont évidemment bourgeois et les de Saint-Euvertes sont des aristocrates.

Quand la sonate commence, Swann n'est pas prêt; elle le surprend. Ce moment est celui où la sonate joue le rôle le plus important dans la vie de Swann; tout se révèle à Swann pendant qu'il l'écoute. Il est le récipient de la "mémoire involontaire;" sans le vouloir et sans s'y attendre, son coeur est inondé par les pensées des jours heureux avec Odette. A travers la musique, il revit chaque moment. Il se rappelle les pétales du chrysanthème qui évoquent le commencement de leur amour, la lettre d'Odette qui disait "ma main tremble si fort en vous écrivant" (208), et la façon dont Odette lui a demandé s'il allait bientôt l'appeler pour qu'elle vienne lui rendre visite.

Immédiatement, Swann se rend compte que l'amour lui manque, et qu'il n'est pas heureux. Puisqu'il l'avait eu une fois, l'absence d'amour lui fait plus mal que s'il ne l'avait jamais eue. Une fois de plus, la jalousie entre dans la scène, mais c'est la sienne--Swann est jaloux de lui-même quand Odette l'a aimé. Ici, la musique sert à montrer à Swann ses vraies émotions. Comme Anne Duncan dit dans son article sur Proust, le bonheur est associé et avec la poursuite de l'amour et avec la déception. Quand il retrouve et revit le passé, il se rend compte de sa douleur du présent.

Ce dont Swann ne se rend pas compte, c'est qu'il faut créer l'art pour trouver la joie de vivre. Il y a deux types de temps: celui de l'horloge et de l'impermanence, et celui de l'art, qui dure. On oublie dans le temps de l'horloge, et on est triste. Il faut trouver le temps de l'art pour être heureux et pour vivre éternellement. Malheureusement, Swann ne voit pas le chemin vers le bonheur. D'abord, la musique l'attire parce qu'il retrouve le temps perdu en l'écoutant, mais quand il ne peut pas atteindre Odette, il sent la douleur et la perte de l'amour quand il écoute la musique.

Dans la musique il y a une continuité et une stabilité que Swann n'a pas dans l'amour d'Odette. Même si la musique n'est pas jouée, elle existe toujours. Bien que la musique rappelle à Swann sa tristesse, elle lui donne aussi asile, et l'occasion de retrouver le passé oublié. Swann peut dependre de la musique car elle ne va pas le quitter sans avertissement. En plus, la musique est une façon dans laquelle Swann peut revivre le temps perdu.

Bibliographie

Compagnon, Antoine "Fauré, Proust, et l'unité retrouvé", Romanic Review V. 78, January 1987, pp. 115-120

Duncan, Ann "Que ma joie demeure; Proust's Cantata", French Studies V. 43, October 1989, pp 437-51

Goodkin, Richard, "The Proustian Octave: Or, The Scale of Love (and Death)" Style V. 22 Fall 1988, pp. 487-90

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