La Musique sous L'Occupation

Edith Piaf
Tu es partout

écrit par Elizabeth Groothuis

Pour vivre en France pendant l’Occupation des Nazis, il faut beaucoup de courage. Avec l’Occupation, les restrictions imposées sur tous les Parisiens, et le vol général de liberté, on peut imaginer que la vie quotidienne était absolument pénible. Il est difficile de croire comment les bonnes choses, comme l’amour, pouvaient exister. Mais l’amour est plus fort que la haine, et c’est l’amour qui a persévéré. On peut voir sa présence parmi la destruction de la guerre dans la musique qui était créée dans cette période. Quelques chansons d’Edith Piaf, surtout celles écrites pendant l’Occupation, montrent l’existence de l’amour malgré la guerre. Sa chanson “Tu es partout,” écrite en 1943, est un bon exemple de la persévérance de l’amour pendant les années 1940-45. Quand on regarde les paroles, les procédés poétiques, et la musique elle-même, on peut voir comment cette chanson montre la détermination des gens pendant la guerre, qu’ils soient résistants ou amants.

En examinant les paroles de sa chanson “Tu es partout,” on peut voir le lien entre l’amour et la guerre. Dans la première strophe, Edith commence par décrire le rapport entre elle et son amant: “Nous nous aimions bien tendrement/ Comme s’aiment tous les amants.” En mettant “aimer” à l’imparfait, elle donne immédiatement l’idée que leur amour n’existe plus. Edith le confirme, en disant qu’ “un jour tu m’as quittée.” Donc, on sait maintenant que son amant n’est plus là. Comme la chanson a été écrite pendant la guerre, on peut supposer que son amant a dû aller se battre dans l’armée. La répétition de “Je te vois partout” dans les vers suivants implique que bien qu’il ne soit pas là physiquement, son être l’entoure. Cette phrase peut aussi être un message de la Résistance; on ne peut pas le voir, mais on le sent néanmoins. Ces mots donnent aussi l’idée des disparus pendant la guerre, même s’ils étaient soldats ou prisonniers; leurs fantômes existent toujours. En utilisant les mots comme “ciel,” “soleil,” “nuits,” “jours,” et “aubes,” Edith montre le passage du temps sans son amant. Ces mots sont aussi un peu abstraits, comme l’idée du temps n’est pas concrète. Donc, la première strophe montre l’aspect émotif du manque de l’amant d’Edith et des autres disparus. Le refrain, vers 9 à 16 et 25 à 32, en revanche, montre l’aspect physique de son absence.

On peut voir que l’absence qu’Edith chante dans ce refrain est plus concret que celui de la première strophe. En utilisant les mots “coeur,” “bras,” “oreille,” et “yeux,” elle communique le manque physique de son amant. Les parties du corps sont réelles; on peut les toucher. En les nommant, Edith insiste sur la physicalité de l’amour. Le refrain montre qu’en même temps que l’amant est absent en esprit, il est aussi absent physiquement.


L’idée de la Résistance est aussi présentée dans le refrain. Le titre de la chanson, “Tu es partout,” se répète deux fois. Cela représente encore la Résistance et les disparus. On ne peut pas voir les gens qui participent dans la Résistance, mais on sait qu’ils sont là. Les disparus, ceux qui étaient tués pendant la guerre, sont aussi partout; leur fantômes sont parmi les gens vivants. Bien que le titre soit une référence à l’amant, il est aussi une métaphore pour les Résistants et les disparus. Edith chante aussi que “tu me parles tout bas,” qui est aussi une référence à la Résistance, car ceux qui y étaient dans la Résistance devaient être très discrets pour qu’ils ne soient pas découverts. Donc, il faut qu’ils chuchotent, ou bien “parlent tout bas.” La discrétion est présente aussi dans la phrase “qui font fermer les yeux.” Pendant la guerre, souvent on a dû oublier – ou feint de ne pas avoir regardé -- ce qu’on a vu. En disant que son amant ou la Résistance lui fait “fermer les yeux,” Edith veut dire que cela la rend plus heureuse; elle ne peut pas voir la destruction de la guerre ou l’absence de son amant quand ses yeux sont fermés.

À propos de la guerre, on peut voir l’idée de l’espoir dans le refrain. Edith chante que “tu es mon bonheur,” et “je rêve que je suis dans tes bras;” ces phrases sont représentatives de l’espérance qui existait pendant la guerre. Le mot “merveilleux” est aussi symbolique, parce qu’on espérait un miracle sous l’Occupation. Dans ce refrain, le vers “la vie ne représente que toi” (12) est très important, parce que le mot “toi” peut être un symbole pour plusieurs choses. Sans doute, “toi” est une référence à l’amant d’Edith, mais cela est représentatif de la liberté, de l’espoir, et surtout de la Résistance de plus. Cela est vrai pour la chanson entière. Ici, Edith utilise la phrase négative “ne...que,” un superlatif réstrictif, pour mettre un accent sur les divers sens du mot “toi.” Les verbes dans le refrain sont mis au présent, et cela aide à montrer la progression de l’absence, même si le manque est celui de l’amant ou celui de la liberté.

La deuxième strophe (vers 17 à 24) sert comme une sorte de conclusion des thèmes qui ont été présentés avant. On peut voir, en lisant ces huit vers, comment le manque physique et le manque émotif sont mélangés, et aussi comment cela est lié à la guerre et à la Résistance. Les mêmes mots qu’on a vus plus tôt sont revenus: on peut voir qu’Edith utilise “jour,” “coeur,” et “yeux.” Ces mots-ci sont à la fois reliés au corps et au temps, et font une bonne conclusion thématique. De plus, elle répète les mots “coeur” et “jour” deux fois dans la deuxième strophe; cela insiste encore sur l’amour et le passage du temps. Elle fait aussi une réplique à son amant, ou peut-être à la Résistance, en disant “Écoute bien...” Avant, c’était la Résistance qui lui a parlé, mais maintenant c’est elle qui parle. Cela peut représenter les Français qui essaient de reprendre leur liberté. Il est important de noter que les verbes, dans cette strophe, sont mis au futur. Ce temps est représentatif de l’avenir pour la France, la Résistance, et Edith elle-même. Cela est aussi évidence de l’espoir. Quand on est déprimé, ou “désespéré,” comme Edith dit dans la première strophe, on ne peut pas penser à l’avenir. Donc, comme elle parle de l’avenir, on peut dire qu’elle a enfin de l’espoir. Il y a deux types d’espoir ici: celui qui est relié à son amant, et celui qui est relié à la guerre. En ce qui concerne la guerre, on peut dire qu’Edith espère que la paix viendra très rapidement. L’espoir pour son amant sert comme évidence que l’amour peut survivre pendant l’Occupation.

Edith Piaf et Marguerite Monnot utilisent quelques procédés poétiques dans “Tu es partout” pour insister sur les thèmes de la chanson. Chaque strophe a huit vers, et la plupart des vers ont huit ou dix syllabes. Cela crée un rythme assez régulier, qui sert à insister sur les mots, pas seulement sur la musique. De plus, les premiers quatre vers sont écrits par deux vers qui riment; les derniers quatre ont des rimes croisées. Ce croisement aide à faire un lien entre la guerre et l’amour. Les rimes croisées sont évidentes partout, et insistent encore sur la dualité du mot “tu,” qui peut être l’amant, la Résistance, ou bien les deux.

La musique elle-même dans “Tu es partout” est très régulière. De plus, les notes donnent l’impression qu’Edith oscille d’un côté à l’autre. Il est important de noter que les quatre premiers vers de chaque strophe ont des rimes plates. Cela, et l’oscillation des notes au début de la chanson, font penser au lecteur à une danse, peut-être une valse. La voix d’Edith Piaf est forte, et donc cela aide à insister sur le message porté par la chanson. “Tu es partout” est, sans doute, une chanson d’amour, et on peut l’écouter dans la musique, qui est assez traditionnelle. La musique est heureuse, calmante, et assez légère; cela montre que l’amour était une manière dans laquelle on peut trouver le bonheur pendant la guerre.

Il y a un orchestre, qui consiste de quelques violons, au fond de la chanson. Pendant la plupart de “Tu es partout,” l’orchestre file tranquillement en faisant sa propre mélodie. Donc, quand l’orchestre correspond avec la mélodie chantée par Edith, on est attiré à cette partie de la chanson. Dans chaque refrain, l’orchestre fait cela avec les deux derniers vers (15 à 16 et 31 à 32). Le mélange des deux mélodies insiste fortement sur les phrases “fermer les yeux” et “je trouve ça merveilleux.” On peut écouter qu’Edith pause après quelques mots dans la chanson. Cela est le plus évident entre les mots “trouve” et “ça” dans le refrain (vers 16 et 32). La pause ici aide à insister sur la phrase entière, et surtout sur le mot qui suit: “merveilleux.” Cette insistence double sur “merveilleux” indique que ce mot est très important. En fait, Edith veut dire aux lecteurs qu’un miracle, une merveille vient bientôt; elle veut dire aussi de ne pas perdre l’espoir. On voit cette idée au vers 24, où Edith dit que “la vie sera belle;” elle pause ici dans la même façon qu’au vers 16 et 32.

On peut écouter d’autres passages où la musique correspond avec la mélodie. Au vers 5 et 6, la musique reflète ce qu’Edith chante: les notes montent et baissent pendant “Je te vois partout.” Cela insiste sur cette phrase, qui fait référence à la Résistance et à l’amour. De plus, la musique et la mélodie montent à la fin du vers 5, où Edith chante “le ciel.” On peut raisonner que cela est à cause du fait que le ciel est haut, et donc sa voix monte. Cette idée est répétée au vers 6, où sa voix baisse quand elle dit “la terre.”

Les mots sont les choses les plus importants dans cette chanson, et donc la musique aide à souligner ce que les mots disent. La musique sert comme une manière dans laquelle on peut communiquer les mots au lecteur. En même temps que la musique est assez heureuse, elle porte un sentiment de tristesse; cette émotion est représentative de l’absence de l’amant et aussi de la présence de la guerre. Il est important de remarquer que la musique ne sert pas comme un cri pour aller au combat, comme dans la chanson “Où sont-ils, tous mes copains.” Là, il y avait un rythme créé par un tambour, et elle a parlé des soldats. Dans “Tu es partout,” la musique est plus douce, comme elle encourage l’amour au lieu du combat. Bien que la musique soit importante à la chanson, son premier but est d’exprimer les mots chantés par Edith Piaf.

“Tu es partout,” écrit en 1943 sous l’Occupation, montre l’importance de l’espoir et de l’amour face au danger. Dans la chanson, il s’agit d’un amant qui disparait; il est représentatif de tous les disparus pendant la guerre. Edith Piaf lui adresse ses paroles directement, en priant qu’“un jour [il] reviendra.” La chanson est une chanson d’amour, sans doute, mais il y a aussi des références cachées à la Résistances. Dans une période aussi difficile que l’Occupation, il faut donner du courage constamment aux gens. Donc, à la surface, la chanson “Tu es partout” semble simplement parler d’amour. Si on la regarde en profondeur, on peut voir que c’est une chanson qui essaie de montrer la puissance de l’amour. En parlant de l’amour qui persévère pendant la guerre, Edith Piaf donne de l’espoir aux gens. Sa chanson, “Tu es partout,” s’applique à tous en montrant les raisons pour lesquelles il est important d’être libre et de ne pas renoncer à l’amour. C’est un thème général qui permet à cette chanson d’être si populaire aujourd’hui qu’en 1943.

 

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