Katie Monroe: "Le Chien et Le Coq" de Picasso

Anne Beck: "Polka Dot Stomp" de Sidney Bechet

Casey Troy: "Coeur Couronne et Miroir" de Guillaume Apollinaire

Pablo Picasso

Sidney Bechet

Guillaume Apollinaire

Le cubisme se concentre sur la conception, au lieu de la perception, de l'oeuvre. Donc, dans ce style d'art, une oeuvre n'est pas complète sans l'interprétation de l'observateur. Dans la peinture de Picasso qui s'appelle "Le Chien et Le Coq," c'est la fragmentation des plans que l'observateur traduit en réalité conceptuelle. Dans le morceau de Bechet, " Polka Dot Stomp," c'est l'improvisation et la dissonance qu'elle crée qui sont importantes pour la conception de la musique. Les rapports entre chaque image dans le poème d'Apollinaire, "Coeur couronne et miroir," peuvent être interprétés de plusieurs façons. La conception cubiste se trouve dans toutes ces formes d'art: la peinture, la musique, et la poésie.

Le cubisme nous force à examiner un objet d'une nouvelle perspective; la perspective de tous les points de vue en même temps. Il faut voir les peintures cubistes comme la représentation d'une réalité dans laquelle on voit de tous les côtés, toutes les hauteurs, tous les angles, et toutes les distances. Le résultat de tous ces points de vue dans la peinture "Le Chien et Le Coq" de Pablo Picasso est qu'on voit une réalité conceptuelle au lieu d'une réalité perceptuelle.

"Le Chien et Le Coq", peint en 1921, montre la fragmentation des plans qui caractérise le cubisme. Quand le peintre met l'image du chien et du coq, vus de toutes les perspectives en même temps, sur un canevas plat, le résultat est une image des plans cassés. L'effet de mettre une image vue dans quatre dimensions sur un canevas plat, est de la transformer d'une répresentation perceptuelle en une représentation conceptuelle. On peut tirer de cette peinture des éléments de la réalité perceptuelle comme la tête du coq, les plumes du coq, la tête du chien, la fourrure du chien et la langue du chien. Pourtant, on se demande quel est le rapport entre tous ces éléments de la réalité?

En répondant à cette question il faut d'abord remarquer qu'il y a cinq ovales noirs et blancs. Il me semble que ce sont des oeufs. La forme blanche avec des taches noires qui est derrière les oeufs est le nid. Les moitiés noires des oeufs sont des poussins. Le poussin dans l'oeuf en haut pousse ses pattes pour casser la coque blanche. Robert Rosenblum, dans son livre Cubism and Twentieth Century Art, observe que cette peinture représente la periode de la vie. D'abord les poussins naissent, puis ils deviennent des coqs, et enfin ils meurent quand le chien les mange. La langue du chien s'étend vers le coq pour le goûter. Cette peinture représente la réalité, mais il faut qu'on voie la réalité à travers des plans brisés.

En plus de la fragmentation des plans, il y a aussi dans cette peinture l'aspect cubiste de la concentration sur les formes. Les peintres cubistes se concentrent sur la géométrie. Les pieds de la table sont des rectangles, les oreilles du chien et les plumes sur la tête du coq sont des triangles, les oeufs sont des ovales, et les yeux des animaux sont des cercles. La forme du chien est accentuée par les coups de pinceau blancs, sa fourrure. La tête du coq est accentuée grâce au contraste entre le rouge foncé de la tête et le bleu clair du fond. Les lignes droites des plumes nous signalent leur importance.

En plus d'accentuer la forme, la couleur dans cette peinture nous indique quels sont les aspects importants. Le coq, le chien, et les poussins sont tous noirs. Cette couleur foncée attire notre attention vers ces trois objets dans la période de la vie que j'ai déjà mentionnée. Le blanc sert comme liaison entre les trois objets principaux. Les pieds blancs de la table lient le coq, le chien et les oeufs ensemble.

L'effet du cercle créé par la juxtaposition des couleurs est celui d'un cirque. On a l'impression de jongler avec le coq, le chien et les oeufs. La tête du chien et du coq pointent dans le même sens, comme s'ils s'attendaient à rouler dans un cercle. Ce désordre dans l'ordre crée de l'humour. Le cercle est à la fois immobile et mouvant. La façon dont les visages des animaux sont pointés dans le même sens donne l'impression du mouvement.

Si on voit l'ensemble de la peinture "Le Chien et Le Coq", le but du cubisme apparaît. Le cubisme nous donne un nouveau point de vue envers les objets quotidiens. Le chien, le coq, les oeufs, et une table ne sont pas des objets extraordinaires. Le but du cubisme est de transformer les objets quotidiens, comme ceux que je viens de mentionner, en une nouvelle réalité. Picasso voulait peindre le chien et le coq comme on ne les avait jamais vus avant. Sur la façon de peindre les femmes Georges Braque a expliqué, "I couldn't portray a woman in all her natural loveliness" (Chipp, 259). Donc le cubisme essaie de capturer une nouvelle beauté des objets quotidiens; la beauté d'un objet dans les quatre dimensions de l'espace. On n'a jamais vu un tel chien et coq. Picasso nous donne un coq et un chien qui sont beaux parce que nous les voyons de toutes les perspectives à la fois; nous les voyons d'un point de vue sophistiqué et entrelacé.

On peut faire les mêmes commentaires ici sur la composition de Sidney Bechet intitulée " Polka Dot Stomp," . Sidney Bechet et son jazz a révolutionné la musique au début du siècle. Comme les peintures cubistes se sont détachées de l'art impressionniste, Bechet s'est détaché de la musique classique avec des notes fixes. Le jazz de Bechet a été une musique individualiste. Pendant que les autres instruments jouent la même mélodie, Bechet ou quelqu'un d'autre joue une mélodie unique. La mélodie est typiquement une improvisation et l'artiste joue ce qu'il veut. Elle est peut-être humoristique ou un peu triste et lente se basant sur ses sentiments du moment. Les sentiments qui créent l'art est un autre aspect du cubisme qu'on voit dans les peintures et la poésie cubiste. Bien que cette mélodie soit unique et improvisée, il y a encore une juxtaposition entre elle et l'harmonie constante que les autres instruments jouent.

"Polka Dot Stomp", que Bechet a écrit lui-même, se révèle à la hauteur de son titre. Elle commence avec les deux saxophones sopranos qui jouent la même mélodie. Cette mélodie est gaie et vivante avec des notes courtes qui deviennent de plus en plus fortes. C'est comme une robe à pois avec de petits cercles de couleurs brillantes. Comme le morceau continue, les saxophones se séparent et un saxophone joue une mélodie différente avec des notes plus longues. Cette mélodie est plus lente et n'est pas aussi vivante que l'harmonie de l'autre saxaphone mais ils se réunissent en jouant la même note une fois de temps en temps. À cause de la réunion de certaines notes, il semble que la mélodie et l'harmonie s'accordent bien même si elles sont très différentes. C'est non-conventionnel d'avoir une mélodie improvisée et unique mais l'artiste contourne l'harmonie alors la juxtaposition entre les deux fait un son qui marche.

La divergence des saxaphones dont l'un joue l'harmonie gaie et l'autre joue la mélodie douce et longue continue pendant une minute et une fois de temps en temps ils se réunissent. Après la première minute pourtant, un des saxophones fait un solo. Le solo est plus comme les pois avec les notes courtes et fortes. Le reste du morceau est plus unifié et humoristique. Les saxophones ne jouent pas tous les mêmes notes mais la mélodie et l'harmonie sont plus similaires. Les deux sont très gaies; quelques fois les notes sont plus fluides mais elles retournent toujours aux pois, des notes courtes et fortes.

"Polka Dot Stomp" est très non-conventionnel car Bechet improvise la mélodie. Quelques fois l'harmonie et la mélodie sont similaires et quelques fois elles se contrastent. Quelques fois la mélodie et l'harmonie sont très vivantes et quelques fois la mélodie est plus sombre et douce. Bechet, et sa musique qu'on peut appeler cubiste encourage la liberté d'expression et l'expérimentation. Comme toutes les expériences, quelques fois elles ne réussissent pas. Pourtant, Bechet a été célèbré surtout en France grâce à sa musique originale et il n'aurait pas connu un tel succès s'il ne s'était pas détaché des conventions des autres musiciens.

There is no certitude but in what the mind conceives. --Georges Braque

Un autre artiste que l'on peut placer dans la catégorie des cubistes est le poète Apollinaire, auteur de Calligrammes. Dans son oeuvre, The Beginnings of Cubism, Guillaume Apollinaire a décrit le cubisme comme "l'art de la peinture d'arrangements originaux qui sont composés des éléments tirés de la réalité conçue plutôt que la réalité perçue."

Il a combiné la conception et la perception dans Calligrammes, écrits pendant la Première Guerre Mondiale (1913 à 1916). Beaucoup de ces poèmes avaient la forme du sujet lui-même. Par exemple, dans le poème "Il pleut," le sujet est la pluie, mais de plus les mots sont tapés selon la forme descendante de la pluie.


Ecoutez le poème

Encore, son poème "Coeur couronne et miroir," prend la forme d'une nature morte. Bien qu' Apollinaire écrive quelques-uns de ses poèmes à la main, il a tapé les trois parties de ce poème. Avec ses expériences avec la machine à écrire, Apollinaire, en effet, crée l'art dans l'art. Les aspects artistiques sont montrés--au moins dans ce poème--avec la place ou la grandeur des lettres.

La première partie, le coeur, dit "Mon Coeur pareil à une flamme renversée." Assez simple, il est en forme du coeur, et en fait, il a l'air d'une flamme renversée. Qu'est-ce qui fait donc ce poème cubiste? D'abord, la combinaison de la réalité conçue et perçue. C'est vrai que le poème a l'apparence d'un coeur (rudimentaire), mais ce qui est plus important est la conception d'un coeur parce que cette simplicité fait penser le lecteur.

Pourquoi le coeur est-il si simple? Peut-être avait-il été plus complexe, mais quelqu'un l'a cassé. Quelquefois, on appelle une personne qu'on aime une "flamme." Ce n'est pas une coïncidence que le coeur (Apollinaire) soit masculin, et la flamme (une femme) soit féminine. Néanmoins, une flamme ne peut pas brûler à l'envers; c'est impossible. Ce point de vue montre un autre aspect cubiste: la présentation d'une forme de beaucoup de côtés qui ne sont pas souvent réalistes.

Puis, la couronne dit "Les rois qui meurent tour à tour renaissent au coeur des poètes." Ici, il veut que le lecteur l'interprète comme il veut (comme un tableau). On peut dire que les rois ne meurent jamais vraiment parce que leurs lignées, leurs noms vivent dans les rois qui les suivent. La description de Jean Metzinger du cubisme est reflété dans ce poème: "Formerly a picture took possession of space; now it reigns also in time." (Naomi Sawelson) (On peut aussi interpréter cette citation pour un poème et pas seulement pour une peinture.)

Mais pourquoi--ou comment--renaissent-ils au coeur des poètes? Une raison est que les poètes le peuvent en écrivant longtemps après leur mort. Et on sait qu' Apollinaire s'inclut lui-même, car il utilise le mot "coeur," duquel il a justement parlé. L'usage du "coeur" sera plus clair quand on regardera les rapports des trois parties.

Le miroir est un bon exemple de la méthode des cubistes qui rendent l'essentiel du concret. C'est évident que cette partie du poème est écrite en forme de miroir, mais le nom Guillaume Apollinaire au centre du miroir est simplement un nom, pas un dessin. Le miroir dit, "dans ce miroir je suis enclos vivant et vrai comme on imagine les anges et non comme les reflets." Alors, ce poème est un portrait du poète à cause de son nom et de l'usage de "je." Il explique que son image est vivante et pas simplement un reflet. Cette idée montre la vue des cubistes que la réalité peut être controversée. Comme Fernand Léger a dit, "The realistic value of a work is completely independent of all imitative quality." (Sawelson)

Pourquoi Apollinaire a-t-il mis ces trois objets ensemble? D'abord, c'est évident que ces poèmes sont sur l'auteur. Il parle de son coeur, de sa responsabilité de garder les noms des rois (et de préserver sa poésie), et de son reflet. Peut-être ces poèmes sont-ils l'équivalent d'un autoportrait d'un peintre.

Les formes--l'aspect perçu--du poème ont des rapports subtils. C'est vrai qu'un roi porte une couronne, mais une couronne peut aussi évoquer une couronne funéraire. Quand quelqu'un meurt, des gens envoient souvent des couronnes des fleurs, qui peuvent être en forme de cercle ou de coeur. Un autre exemple est un miroir, qui peut aussi être en forme de coeur. En général, chaque sujet du poème (si on imagine la couronne comme si on la regarde du bas) a la même forme fondamentale, que celle d'un cercle modifié.

De plus, les significations, ou l'aspect perçu, du poème mettent les parties ensemble. Le mot "coeur," par exemple, a beaucoup de sens. Il évoque l'amour, qui est un thème évident dans la première partie. Dans la partie suivante, un bon roi a le coeur, ou l'affection, du peuple. Et s'il est un bon roi, il a le coeur (le désir) de bien régner. De plus, "coeur" signifie le centre, et Apollinaire met ce mot au milieu de la partie de la couronne, et son nom au milieu du miroir.

Pourquoi son nom est-il au centre? Eh bien, si le nom d'un roi aimé vit toujours dans les coeurs du peuple, alors Apollinaire espère que son nom vivra toujours dans les coeurs des lecteurs. En regardant le poème d'une vue éthérée, on peut interpréter le miroir comme une tombe (car il parle des anges). De cette façon, les rois et les auteurs renaissent tous les deux dans d'autres coeurs.

De plus, la qualité de la sonorité est semblable. Le poète utilise souvent des sons "l" et "r". Par exemple, "r" abonde dans "couronne": "les rois qui meurent tour à tour renaissent au coeur..." (notez aussi la rime). Ce son liquide continue dans les autres poèmes, ce qui est peut-être plus évident dans son nom lui-même: Guillaume Apollinaire. De plus, le coeur et le miroir sont reliés par les rimes: pareil, renversée, vrai, reflets.

Cette liquidité et fluidité est centrale au poème à cause du fait qu'on peut les voir selon des côtés différents, ce qui est un aspect central du cubisme. Les peintres comme Picasso ou Braque sont connus pour l'abandon de la structure, et ont présenté un objet de plusieurs dimensions. C'était un abandon de la tradition occidentale d'une seule perspective (Sawelson). Les poèmes d'Apollinaire ont aussi plusieurs perspectives; par exemple, on peut regarder "coeur" à l'envers, ou on peut commencer à lire "miroir" au mot "dans," "je," "vivant," et "comme"! Ce mouvement circulaire se rapporte à la forme fondamentale du cercle, et il est aussi comme les peintures de Léger, qui est célèbre pour son usage des cercles.

Toutes ces qualités font Apollinaire un des artistes cubistes, bien qu'il ne soit pas peintre. Ses méthodes uniques de plusieurs perspectives, de rendre les images simples, et d'utiliser la conception sur la perception, assurent que sa poésie extraordinaire, comme les anges ou les bons rois, ne mourra jamais.

Chipp, Herschel B. Theories of Modern Art. Los Angeles: University of California Press, 1968.

Rosenblum, Robert. Cubism and Twentieth Century Art. New York: Harry N. Abrams, Inc., 1966.

Sawelson, Naomi. Une Conférence sur le Cubisme. Pomona College: Claremont, CA, 10 mars, 1997.

Web Museum Paris. http://www.fhi-berlin.mpg.de/wm/paint/tl/20th/cubism.html



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