Figure Humaine
De tous les printemps du monde

De tous les printemps du monde,
Celui-ci est le plus laid
Entre toutes mes façons d'être
La confiante est la meillure

L'herbe soulève la neige
Comme la pierre d'un tombeau
Moi je dors dans la tempête
Et je m'éveille les yeux clairs

Le lent le petit temps s'achève
Où toute rue devait passer
Par mes plus intimes retraites
Pour que je rencontre quelqu'un

Je n'entends pas parler les monstres
Je les connais ils ont tout dit
Je ne vois que les beaux visages
Les bons visages sûrs d'eux mêmes

Sûrs de ruiner bientôt leurs maîtres

De Tous les Printemps du Monde
1ère Partie de Figure Humain (1943)
Francis Poulenc

    La chanson "De Tous les Printemps du Monde" est une journée, une découverte des réalités de la vie sous la Deuxième Guerre Mondiale, basé sur un poème de Paul Eluard. Tout des paroles aux voix des personnes dans la musique représente cette journée. Je pense que Poulenc comprend que la musique en elle-même peut évoquer certaines émotions dans une personne, et avec les mots d'Eluard qu'il emploie et le contexte de la chanson, l'effet est beaucoup plus émouvant car il crée une "synergie": la chanson est une forme d'art qui rappelle les sentiments de Poulenc pendant la Deuxième Guerre Mondiale, mais elle devient aussi un élément humain dans une situation inhumaine. La musique est touchante, et donne une impression d'ordre dans une époque chaotique. Il y a un choeur qui chante, et toutes les voix créent de belles harmonies et des discordances perçantes sans instruments. Je pense que Poulenc a crée ce morceau de musique pour deux raisons. Pour le public, c'est une source de pouvoir, et une opportunité pour affronter ses émotions. Il lui offre la consolation pour ceux qui avaient leur vie détruite par la guerre. Pour Poulenc, la musique est une opportunité de résister à la tragédie de la guerre. De plus, il peut éprouver ses propres émotions par la musique, et connaître une forme d'apaisement.
     Les mots d'Eluard me transportent à l'histoire sur laquelle il écrit. C'est comme si j'étais avec un homme qui traverse une ville dans les rues, ou comme si je suivais les saisons, la guerre, ou la musique dont Eluard parle. Le morceau est interactif; même ceux qui peuvent sentir pourraient éprouver l'énergie de la musique et des paroles.
     Il y a des interactions entre les sons de la chanson et aussi entre les vers d'Eluard. Il y a pour ainsi dire cinq strophes; dans chacune, sauf la cinquième parce qu'elle consiste en un seul vers, les idées se contrastent. Les strophes commencent avec le négatif, mais elles finissent avec le positif. Poulenc présente une histoire de la guerre qui est assez sombre, mais il présente aussi des raisons pour l'espoir.
     La journée commence dans la première strophe avec les saisons. Les paroles disent aux auditeurs que la réalité n'est pas bonne, et Poulenc n'essaie pas de le cacher. "De tous les printemps du monde/Celui-ci est le plus laid." Le printemps de 1943 était un temps de conflits et de souffrance, et faisait partie d'une époque que le monde a besoin de rappeler. La musique le reflète; les sons sont très dissonants, et ils sont difficiles à oublier. Poulenc répète les vers pour insister sur l'importance des paroles. En particulier, toutes les personnes chantent le mot "laid" en utilisant un ton différent. Poulenc répète le mot quatre fois car il est au centre de son message sur les horreurs de la guerre, et le son du mot le reflète. Il n'est pas beau et il est discordant comme la guerre qui est terrible et laide. Mais les autres vers de la strophe sont plus doux; ils manquent la sévérité du début et leur musique correspond bien avec les paroles. Il est possible qu'il parle de la fin de la guerre ici; peut-être garde-t-il sa foi en une bonne fin pour la guerre.
     A la deuxième strophe, il y a le même contraste entre les quatre vers. Au commencement il s'agit de la mort. Les images dans ses paroles, du tombeau et de la tempête, évoquent des sentiments poignants; il ne cache pas l'atrocité de la mort et du génocide par les Nazis. Et d'une façon significative, il y a un autre contraste dans les premiers deux vers: la croissance d'herbe à laquelle on s'attend au printemps contre la mort représentée par le tombeau. Le monde ordinaire (les saisons) est juxtaposé avec les événements qui ne sont pas ordinaires (le meurtre). Quand je lis ces vers, j'imagine la photo de Doisneau où il y a un tombeau couvert de neige au milieu de la rue, mais que tout le monde ignore. La musique dans la chanson égale l'intensité des images: il y a un sentiment de tristesse, de souci et de douleur. Dans la première partie de la strophe il s'agit de la vérité des horreurs des Nazis, mais Poulenc présente aussi une autre facette.
     Dans la deuxième partie de la strophe, Poulenc offre un aspect positif: "Moi je dors dans la tempête/Et je m'éveille les yeux clairs." L'optimisme que Poulenc a partout dans la chanson est étonnant à cause de la souffrance pendant la guerre, mais agréable à la fois. La guerre n'est pas seulement une histoire de la souffrance, et je crois qu'Eluard l'a vue et que Poulence l'a compris. La résistance, la force, et l'unité des groupes qui ont lutté contre les Nazis sont admirables, et je crois que l'optimisme qui se manifeste dans sa musique était pour inspirer et donner de l'espoir aux victimes. Pour lui, la guerre est une tempête, mais il essaie de dire qu'elle s'en ira et il veut donner l'image de paix aux victimes. Je crois qu'il leur rappelle leur force. Et encore, les sons de la musique dans la chanson réflètent les paroles: ils sont délicats, mais ils coulent progressivement et doucement, en particulier le mot "clairs," qui semble angélique: un peu fragile, mais qui a de la vigueur à cause de sa sonorité.
     La troisième strophe est très entrelacée à cause d'une superposition de vers. Les vers et la musique fusionnent, et il est difficile de démêler une chose de l'autre. Les paroles sont assez ambigües: je crois qu'il parle de la vie de chaque personne touchée par la guerre. "Le lent le petit temps s'achève/où toute rue devait passer" est une façon de les décrire. Dans la guerre, il est très important de rappeler que la vie est précieuse. C'est ironique: la vie, quelque chose d'essentiel, est le meilleur cadeau qu'on a, mais Eluard écrit que la vie pendant la guerre est courte et souvent pénible. Les mots révèlent aussi qu'Eluard cherche quelqu'un. Peut-être a-t-il besoin d'un amant, ou peut-être une personne en qui il peut faire confiance. Dans la guerre, ce n'est pas une surprise qu'il veuille quelqu'un qu'il puisse aimer et qui le soutienne, mais il n'a pas beaucoup de temps, et les paroles et la musique le montrent. La musique est courte et rapide pendant quatre vers: il combine les vers comme s'ils étaient les "retraites" dont il parle dans les paroles. Toutes les personnes chantent à la fois, et il est difficile de distinguer entre les vers et entre les voix. La musique qui est belle, mais un peu difficile à comprendre, égale les mots.
     Dans la quatrième strophe, le contraste dont j'ai parlé continue. Les premiers deux vers concernent toutes les personnes qui perpétuent la guerre, comme les Nazis. Elles sont "les monstres." Poulenc "les connaît" à cause des atrocités qu'elles ont causées. Il n'est pas nécessaire qu'elles disent leurs motifs; le meurtre parle pour lui-même. De cette façon, "ils ont tout dit." Mais Poulenc fait comme si les Nazis n'existaient pas: "Je ne vois que les beaux visages." Il fait attention aux victimes et aux résistants. Je crois que les bons visages dont il parle sont ceux des personnes qui luttent contre Hitler. Ils luttent avec l'énergie d'un groupe de personnes qui disparaîtra si elle ne gagne pas. Cela produit l'unité, et peut-être est-ce la cause des "bons visages sûrs d'eux mêmes." Ensuite le dernier vers montre comment Poulenc croit que les résistants seront victorieux. Bien que les Nazis dominent l'Europe et soient les maîtres de tout son peuple, leur but qui est l'élimination sera "ruiné."
     La musique qui correspond avec ces paroles crée une bonne atmosphère pour les sentiments qu'évoquent les mots. Pour les premiers vers, les sons sont presque inhumains. Poulenc choisit des sons qui ne sont pas moelleux pour décrire les Nazis. Mais ensuite, le tempo ralentit et les sons sont beaux, célestes, et divins comme un cantique. La musique devient presque sacrée. On peut entendre toutes les syllabes et les inflexions. La musique est plus douce et on peut la ressentir. Je vois que le rythme est délibéré et nous pousse à la réfléxion.
     Mais pour moi, la chanson est vraiment belle à cause du dernier vers. La musique et les mots sont pleins d'émotions. Poulenc semble dire que les Nazis perdront leur prise sur l'Europe et les victimes de la guerre. Il y a une certaine satisfaction dans ses mots: il ralentit encore le rythme, et donne à la phrase, "ruiner bientôt leurs maîtres," un sens très clair. Les voix chantent angéliquement, spécifiquement sur le dernier mot, "maître." Elles finissent en donnant l'impression que la victoire viendra.
     "De Tous les Printemps du Monde" est une chanson qui présente les réalités de la Deuxième Guerre Mondiale, mais qui présente aussi l'optimisme de Paul Eluard et de Francis Poulenc, ainsi que leur douceur. Poulenc crée un moyen de divulguer le poème. Eluard a écrit le message d'espoir avec ses mots, et Poulenc l'a répandu avec sa musique. Il ajoute un autre genre d'émotion, un autre point de vue. Je pense que Poulenc a compris que pour beaucoup de personnes, l'art est aussi une chose auditive, et les voix du choeur qui chante les paroles insuffle l'optimisme dans une autre façon. Poulenc partage la compassion d'Eluard, mais il a utilisé la musique pour l'exprimer.
     Paul Eluard et Francis Poulenc ne cachent pas les atrocités de la guerre, mais ils montrent aussi leur optimisme. Par exemple, Eluard utilise des mots comme "laid," "tombeau," "temptête," "monstres," et "maîtres" pour décrire les Nazis et la souffrance de toutes les victimes de la guerre. Toutefois, il démontre son espoir en insufflant les paroles avec des images positives. Dans le processus, il inspire les auditeurs. Je crois qu'il voulait que les victimes voient leur force, et le pouvoir de la solidarité. Les paroles sont très émouvantes, mais les mots ne sont pas la seule expression de l'art. Avec la musique de Francis Poulenc, ils créent un poème qui vit. Tous les sons des chanteurs sont équivalents aux paroles. Quand Poulenc parle des Nazis ou de la mort, les voix sont dissonantes et la musique n'est pas fluide. Mais quand Eluard parle des victimes, des forces positives dans la résistance, les sons sont doux, clairs, et divins. Je crois que la musique est efficace parce qu'elle est basée sur les émotions. L'auditeur n'écoute pas seulement les sons; il éprouve et il touche la signification des sentiments derrière la musique et les paroles. La musique est comme une langue du coeur, et il l'utilise pour représenter les significations de la guerre. Francis Poulenc est un compositeur de l'expérience humaine qui utilise la musique pour son art; son message est subjectif, mais toujours fort, poignant, et émouvant.

 

 

 

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